de Philippe Minyana
Date et lieu de création: 

1999 - Théâtre de Cornouaille - Quimper

COSTUMES Laure Mahéo
DÉCOR
Jean-Pierre Girault

PRODUCTION
Théâtre des Lucioles
Théâtre de Cornouaille / Scène Nationale de Quimper

Prix régional à la Création artistique 1999 décerné par le Conseil Régional de Bretagne

La maison des morts de Philippe Minyana

C'est là, dans la pièce d'une maison de village, que tout se joue ou presque. La fenêtre n'y est pas ouverte sur le monde, mais au contraire l'absorbe tout entier, vers l'intérieur bourrasques de vent, bruits de la campagne, mais aussi voix plus lointaine d'un employeur qui vient parler à la femme malade restée chez elle, et puis les voisins, la famille qui passent, parlent à ceux de l'intérieur, entrent dans la maison parfois.

 

(…)
La Femme à la Natte à la fenêtre.
Je viens chercher mes œufs
LA FEMME AU REGARD ACERE
Voyez je me tords les mains Elle le fait.
Un homme en or un ingénieur
LA FEMME A LA NATTE
Mes œufs
LA FEMME AU REGARD ACERE
J’attends l’issue fatale
LA FEMME A LA NATTE
Mes œufs
LA FEMME AU REGARD ACERE
Je ne peux supporter l’idée de l’avoir laissé glisser
LA FEMME A LA NATTE
Mes œufs
LA FEMME AU REGARD ACERE
Je l’ai laissé glisser
LA FEMME A LA NATTE
Mes œufs
L’Homme se lève, chancelle, maugrée, sort. Sa femme a tendu les mains vers lui au cas où.
LA FEMME AU REGARD ACERE
Je l’ai laissé glisser il avait tendance à se laisser glisser je l’ai laissé faire
LA FEMME A LA NATTE (montrant le « couffin »)
L’ENFANT je veux m’en débarrasser
(…)

 

PHILIPPE MINYANA, auteur

1998

« Les Lucioles veulent monter "La maison des morts". Cette pièce n'a pas encore été représentée. (…) Les Lucioles, je les ai vues à l'œuvre, se colletant à Fassbinder, à Leslie Kaplan. Ils veulent monter "La Maison des Morts". Tant mieux. Le lieu de leur théâtre est apparemment modeste. Tout est à vue. Tout se fait "à cru". Les images sont salies, triviales, belles. Ils font une sorte de "théâtre de grenier", intempestif, à inventions continues. Ce qui me plait chez les Lucioles, c'est ce collectif actif, intelligent; leurs faits et gestes sont libres, ambitieux. Ils ne font pas un spectacle de plus. Ils ne "remontent" pas. Ils "montent". Ils charrient une énergie de déménageurs. Ils travaillent avec des prisonnières, des amateurs, des enfants. Artisans, artistes, citoyens, leurs trouvailles sont absolument indispensables. »

1999

« C'est la première fois que je voyais La maison des morts montée in-extenso et les Lucioles me l’ont donnée, dans ce chantier, avec cette façon qu’ils ont de faire leur théâtre, naïvement, il me semble, sans ou avec très peu de références (comme tout le monde bien sûr ils connaissent Kantor, Langhoff…) ; du coup ils n’ont pas peur du cliché, ils ne s’en embarrassent pas ; ils y vont directement ; ils réinventent « l’art du cliché », un endroit si évident qu’on n’osait plus y toucher. Eux, ils y vont droit au cliché et pressentent son pouvoir de réconciliation (le spectateur « suit »). Les Lucioles cheminent avec ce qu'on appelle parfois à tort et à travers "la grâce", et avec, ce qui n'est pas antithétique, fureur, conviction. (Javaloyes, Maillet, je les ai vus et revus ; ils m’ont interrogé encore et encore).

Les Lucioles se sont donnés, je crois, une mission qui est de faire entendre, faire comprendre, faire partager. Et ils ont eu ce courage de monter cette pièce, dans son intégralité, apparemment contre l’avis de tous (ceux qui dirigent les institutions).

Il a fallu Rostain (Théâtre de Cornouaille à Quimper) pour que « ça démarre ». Le non-intérêt pour la pièce leur faisant plus mal qu’à moi et ce non-intérêt les a poussé à être plus « habités », plus rageurs, plus désirants. Et ils la montent et c'est parfaitement lisible et clair. (Il y a encore des moments où ça flotte, mais le travail n'a duré que quinze jours).

Et ces jeunes gens se coltinent avec cette matière noire, en font un conte noir, comme tous les contes, un "mystère laïc" simple, comme ce qu'on a dû faire sur les tréteaux ; celle avec la perruque c’est la mère, celui avec la moustache c’est le père...

Et du coup, ceux qui avaient mal compris (à la lecture) comprennent. Non seulement ils ont œuvré pour "la clarté" mais ils montrent l'endroit où travaille la pièce ; et comment elle émerge après et en même temps que d'autres. Ils veulent que l’on connaisse cela : la place des choses, la place qu’ils ont et que ça se sache… »

La maison des morts de Philippe Minyana