Les Lucioles existent depuis 1994.

Ses membres fondateurs sont tous acteurs, et viennent de l’Ecole du Théâtre National de Bretagne à Rennes, dont ils étaient la première promotion, sous la houlette de Christian Colin (1991/1994).

Dès la troisième et dernière année de formation, la question de créer une compagnie ou plutôt un collectif, émerge. L’envie de continuer à travailler ensemble, sans créer une compagnie exclusive et fermée, ni une communauté. Plutôt l’envie de défendre les différences, les univers, les qualités et les capacités de chacun, non pas un metteur en scène mais plusieurs selon les envies et les désirs, privilégier les rencontres, re-questionner les créations au fur et à mesure, et parallèlement au travail dans la compagnie pouvoir travailler ailleurs…

Quinze années plus tard, l’esprit d’ouverture de la compagnie a créé un dynamisme multipliant les spectacles et les propositions. En effet, depuis 1994, plus de trente créations ont vu le jour. L’empirisme du choix des spectacles raconte aujourd’hui une histoire de la compagnie : des thématiques, un style, un goût pour les adaptations ou les montages, pour l’écriture contemporaine, une ouverture de plus en plus affirmée vers d’autres domaines artistiques (l’image, la musique, l’art plastique), une fidélité envers des auteurs (Fassbinder, Copi, Leslie Kaplan, Lars Norén, Peter Handke…)

Depuis sa création, le Théâtre des Lucioles est implanté à Rennes. La compagnie est soutenue par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne, le Conseil Régional de Bretagne, le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine et la ville de Rennes.

MAIS OU EST PASSE LE THEATRE ? LES NOUVELLES BANDES
Libération / Le samedi 7 et dimanche 8 juillet 2001

Les Lucioles, depuis dix ans.
Issues de la première promotion de l'école du Théâtre national de Bretagne à Rennes, les Lucioles sont sans doute les seules à fonctionner vraiment en collectif.

Non que la mise en scène soit collective, il n'y a d'ailleurs pas de metteur en scène attitré mais une direction tournante, selon les propositions. Cependant, chacun intervient aux différentes étapes (production, fabrication, diffusion). “Chaque projet est pensé pour les autres et avec leurs propositions. Chaque spectacle entraîne le suivant, c'est une histoire qui s'approfondit”, disent Pierre Maillet, Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier.

Des acteurs extérieurs peuvent aussi être appelés à participer et, à l'inverse, les membres de la troupe se laissent la liberté de travailler ailleurs. C'est probablement à cet esprit d'ouverture que les Lucioles doivent leur longévité. En dépit des avertissements de leurs formateurs, qui n'y voyaient au départ qu'un repli frileux au sein d'un groupe qui étoufferait forcément les individualités. Cela fait dix ans, si l'on compte les années d'école, que les onze acteurs “inventent à plusieurs sur le plateau” et leur donnent tort. Ce fonctionnement a d'ailleurs fait naître une forme singulière : à une exception près, les Lucioles n'ont jamais monté de textes théâtraux, mais toujours des collages ou adaptations. “Cela tend vers un travail d'écriture pour chacun, il n'y a pas de notion d'interprète, mais une responsabilité dangereuse et belle pour l'acteur. La relation metteur en scène-acteurs est basée sur l'échange. Il n'y a pas de soumission au texte, mais un grand respect à travers cette chose qui s'invente à mesure.”

Pionniers de l'école créée par Christian Collin, ils lui sont reconnaissants d'“avoir pu écrire eux-mêmes leur école”. Là encore, des routes se croisent.
Christian Collin, qui vient de chez Vitez, fait venir Didier-Georges Gabily et lui passe commande d'une pièce, TDM3, qu'ils seront les premiers à jouer. “Une rencontre incroyable”, disent-ils, qui leur a appris “à inscrire une recherche poétique dans le mouvement du plateau”.
Les week-ends, ils les passent à la Fonderie du Mans, chez François Tanguy, où ils croisent, entre autres, Yann-Joël Collin.
Il y aura aussi Mathias Langhoff qui n'avait jamais animé d'atelier d'élèves avant cela.
Les Lucioles, qui tiennent leur nom des Ecrits corsaires de Pasolini, se disent “enfants de nomades”, au croisement de plusieurs filiations. “Ils nous ont davantage appris à penser que de penser à eux.” Sur leur route, il y a aussi Claude Régy.

Par MAÏA BOUTEILLET