Spectacles - Co-productions et autres
Action culturelle Cie, Equipe
Lettre de Frédérique Loliée à Laura Angiulli, directrice de la Galleria Toledo
Paris, le 11 janvier 2011
Chère Laura,
Malgré notre lien, le travail que nous avons pu faire ensemble, malgré la profonde gratitude que j’ai envers toi et Rosario pour votre soutien et le soin que vous avez eu à mon égard l’an dernier quand j’ai dû être hospitalisée au moment des représentations de Duetto à Galleria, malgré tout cela, il me semble à ce jour totalement déplacé, au vu de ce qui s’est passé à Naples, de venir jouer Duetto en avril à Galleria Toledo et je voudrais m’en expliquer avec toi et toutes les personnes du théâtre.
Tu as dû être très sollicitée par rapport au choix que tu as fait en tant que membre du conseil d’administration du théâtre de voter pour le renvoi d’Andrea, et c’est normal puisqu’il s’agit du sort de la vie culturelle à Naples et de l’argent du contribuable, entre autres ! mais je ne souhaite pas du tout parler ici de ta décision, ni t’exposer mon sentiment : je souhaite juste t’expliquer l’écho du renvoi d’Andrea sur notre projet commun à Naples.
Ce projet est très lié à Andrea puisque après avoir vu le spectacle Duetto à Rome, il a décidé de coproduire le 2ème texte de Leslie Kaplan que nous montions après. C’est à partir de là, sachant que Louise, elle est folle allait se jouer au Stabile, que je t’ai proposé Duetto pour Galleria. Il me semblait intéressant de faire connaître l’écriture de Leslie Kaplan de cette manière : 2 de ses textes dans 2 lieux de Naples. A partir de là et dans cet esprit de dialogue et de collaboration nous avons organisé avec le Stabile la mise en place d’un atelier que je dirigeais autour des textes de L. Kaplan avec des acteurs et des amateurs et qui se déroulait et à Galleria et au Stabile. L’ensemble du projet étant soutenu par Face à Face. Cette année la reprise de Duetto suivie quelques jours après de Louise au San Ferdinando me semble plus qu’inappropriée : ce projet de lien entre les 2 structures a été pensé, rêvé et mis en place avec Andrea, et il ne peut pas exister sans lui. Je te parle là très professionnellement, d’éthique et de morale professionnelle. Sache que pour jouer à Galleria nous demandions au Stabile un prêt de matériel, les logements étaient pris sur la production de Louise…etc. Ma décision n’est pas : « je défends ad vitam eternam Andrea De Rosa » et je condamne ta prise de position, je veux juste dire qu’une prise de décision a des conséquences et en l’occurrence ce projet qui d’un coup n’a plus aucun sens, même au contraire qui produit un contresens – tu ne peux pas voter contre la direction d’Andrea et avoir dans ta programmation un projet construit en collaboration avec Andrea et le Stabile.
Je me suis tellement réjouie de la dynamique qui s’était créée à Naples, tout semblait si ouvert, tellement de possibles entre la direction au Stabile d’Andrea, celle de Latella au Nuovo et la tienne à Galleria. Il y avait là une dynamique de pensée et d’actions qui donnait envie de venir à Naples parce que ces 3 metteurs en scènes dans toutes leurs différences artistiques avaient envie de dialoguer pour penser le théâtre à Naples et ce, au-delà de leurs propres productions. C’était un bel exemple de résistance, et qu’est-ce que le théâtre aujourd’hui sinon une série d’îlots de résistance face au raz de marée de la pensée globalisante, face au médiatique, face au général, face à une politique désœuvrée et commerçante. Donc un îlot a explosé et avec lui, un certain espoir, celui notamment qui donne simplement la force et l’envie de faire les choses.
Frédérique
