Collectif d’acteurs

De
Evgueni Zamiatine

Adaptation :
Leslie Kaplan

Mise en scène :
Elise Vigier

Traduction :
Barbara Nasaroff

Avec :
Marc Bertin, David Jeanne-Comello, Frédérique Loliée, Pierre Maillet, Valérie Schwarcz et Nanténé Traoré

Avec les musiciens : Pierre Allio, Stanislas de Nussac, Jean-Yves Gratius, Rosalie Hartog et
Guillaume Humery

Musique composée par :
Pierre Allio

Lumières :
Maryse Gautier

Décor :
Christian Tirolle

Images :
Bruno Geslin

Costumes :
Laure Mahéo

L’inondation

Zamiatine, une suspension de jugement qui n’est pas une compensation réductrice, sentimentale, mais une façon de prendre et de donner le temps pour sentir, éprouver, penser.
Il y a peu de voix incarnées dans le texte de Zamiatine, pas de dialogues, mais il y a des phrases qui se découpent sur un fond silencieux et en un sens ce fond parle. Il s’agit de marquer la différence entre ce que les personnages (Sophia surtout, et Trofim) peuvent penser et ce qu’ils ne peuvent en aucun cas penser (mais qu’ils pensent à leur insu, et font).
Dans le livre la voix de la narration instaure cette distance des personnages avec eux-mêmes, elle les scinde, et en même temps elle les relie à l’univers, au monde qui les dépasse, au ciel et à ses nuages, aux saisons, au temps.
Il y aura ainsi dans la mise en scène deux registres, parole et musique. La musique permet d’introduire une autre dimension, une « autre scène » où se fait entendre la voix du Dehors, irréelle et d’autant plus réelle.
Elle souligne ce qui est déjà là et qui advient, elle ouvre des possibles et laisse le spectateur libre d’imaginer, c’est-à-dire de suivre la réalité du rêve.

Leslie Kaplan, 2000

EXTRAIT

La nuit, la chambre, Trofim et Sofia dans le lit.
Trofim s’assoit brusquement sur le lit.
Trofim
Oui, c’est bien ça.
Sofia
Qu’est-ce qu’il y a ?
Trofim, à Sofia
Tu ne fais pas d’enfants, voilà ce qu’il y a.
Il se met debout, il s’habille, il s’éloigne du lit.
Pendant ce temps quelqu’un chante
Ici sur l’île Vassilievski
Rien ne change (…)

REGARD FEMININ SUR LE DERNIER TEXTE DE ZAMIATINE
Maïa Bouteillet – Libération – le lundi 14 mai 2001
Une « inondation » de haut niveau

"En 1931, à bout de force, Evgueni Zamiatine s’adresse une dernière fois à Staline.
« Pour moi, en tant qu’écrivain, être privé de la possibilité d’écrire équivaut à une condamnation à mort. »

Dans L’Inondation, son dernier texte avant l’exil, le romancier évoque les bouleversements inconscients – telles les eaux débordantes de la Neva – d’une femme qui devra passer par le meurtre pour enfin donner naissance et renaître à elle-même.

De cette sombre nouvelle puissamment sensuelle, Elise Vigier livre une lecture plus féminine que politique. Elle sait néanmoins qu’en fait d’enfant, c’est la parole qui doit advenir, d’où la pertinence d’un recours au théâtre. Pour l’adaptation de ce texte presque sans dialogues, Leslie Kaplan a imaginé une narratrice qui est comme un double, doté de la charge érotique dont l’autre est dépourvue. Yeux charbonneux et robe noire largement fendue, Frédérique Loliée interprète ce rôle, ainsi que ceux de Pélaguéïa et de la doctoresse, comme les figures tragiques d’un même cauchemar.

La lumière tout en ombres et passages au noir de Maryse Gautier, la musique interprétée en scène de Pierre Allio, le contraste des duos burlesques et l’ensemble du travail de plateau traduisent pleinement l’épaisseur du silence qui isole l’héroïne, Sophia, dont les lèvres « semblaient closes à jamais pour le monde ».
La métamorphose qu’opère l’actrice Valérie Schwarcz est à cet égard saisissante. « Corps d’oiseau léger et austère », selon Zamiatine, elle erre dans les méandres du décor en étages dont la circulation complexe et les à-cotés illustrent le terrible chemin parcouru. Jusqu’au dénouement où son visage s’apaisera dans un sourire, l’essentiel se déroule dans un espace rendu trouble par l’écran d’un lourd rideau de plastique. On ne voit jamais la réalité, mais l vision brouillée qu’en a Sophia.
Par la fulgurance du geste meurtrier, l’Inondation rejoint tout à coup la symbolique des tragiques grecs.
Il y a, derrière cette première mise en scène maîtrisée d’Elise Vigier (créée à l’Aire Libre à Rennes), huit années de travail complice au sein du collectif des Lucioles."

PRODUCTION
Théâtre des Lucioles
l’Aire Libre / St-Jacques de la Lande.

Date et lieu de création :
2001 à L’Aire Libre - St Jacques de la Lande (35)

 
@ Théâtre des Lucioles 2017