Collectif d’acteurs
Christian Berthelot


De Sophocle et Sénèque

et d’après SANG de Lars Norén

Prologue de
Leslie Kaplan

Mise en scène et décor : Marcial Di Fonzo Bo

Avec :
Pierre Maillet,
David Jeanne Comello,
Elise Vigier, Mélanie Leray, Valérie Schwarcz,
Jean François Auguste et Philippe Marteau

Musique :
DIP / Florian Parra et
Cyril Leclerc

Lumières :
Ronan Cabon

Costumes :
Laure Mahéo

Construction décor : Patrick Le Joncourt Christian Tirole

TRADUCTIONS DE SOPHOCLE :
B. Chartreux, J. Lauxerois, J. Lamiral, J.Grosjean, G. Dyson

TRADUCTION DE
NORÉN :

René Zahnd

Oedipe

Dans la pièce de Sophocle, un désastre collectif, la peste, est liée à un crime individuel ancien et inconscient. La peste est une punition des dieux. Pour nous modernes, il s’agit à la fois de donner un visage à cette peste, de nous demander ce qui vide et tue la vie ici et maintenant, et de saisir le sens du chemin d’Œdipe, qui n’est pas seulement un homme accablé par le destin, victime d’un atroce malentendu, mais un homme qui assume sa vie de façon active, quoique désespérée. L’histoire d’Oedipe, nous la connaissons bien mais si elle nous émeut encore à chaque fois de nouveau, nous les citoyens auxquels Sophocle s’adresse, c’est par cette position si remarquable d’Œdipe, par l’héroïsme de sa recherche. Freud a exploré le contenu du mythe et a fondé la psychanalyse sur le « complexe d’Œdipe »-désir de parricide, désir d’inceste- mais il a certainement aussi été sensible à la position d’Œdipe qui est semblable à celle d’un homme quelconque qui entreprend une recherche psychanalytique, douloureuse souvent mais nécessaire, et affronter le conflit, universel, entre le désir de vérité et la passion pour l’ignorance fait partie de l’éthique de la psychanalyse. Alors est-ce que nous voyons maintenant un rapport entre la « peste » que nous subissons et un crime individuel qui en serait l’origine ? Nous ne posons plus les choses de cette façon, mais il y a tout de même une part individuelle dans le malheur collectif : justement dans le fait, fréquent, de ne pas assumer ses actes, de vivre dans la fuite, de « vivre au hasard » comme le propose Jocaste. Œdipe offre au contraire une leçon paradoxale de responsabilité. L’angoisse et l’inquiétude ne l’arrêtent pas, ne le font pas renoncer à la recherche de la vérité, alors que tous lui demandent d’arrêter, de renoncer : Tirésias d’abord, ensuite Jocaste, enfin le vieux serviteur. Mais Œdipe ne se détourne pas, il veut garder les yeux ouverts, y compris sur le pire. Il reste vivant et s’aveugle non pas pour prendre sur lui les maladies et malheurs des autres (ce n’est pas le Christ), mais parce qu’il tient à assumer ses actes. En ce sens il est un héros, exemplaire, et s’il perd la sublime lumière du jour il va pourtant vers une autre lumière. LESLIE KAPLAN



La tragédie d’Œdipe une histoire à raconter partout Si la pièce de Sophocle est devenue fondamentale dans notre civilisation, c’est qu’elle donne une forme intelligible aux désirs obscurs qui traversent les structures familiales. De plus, s’y ajoute une idée troublante : celle qui veut que la recherche d’un meurtrier soit toujours celle, inconsciente, des désirs meurtriers que chacun porte au coeur même de son identité profonde. Il s’agit aussi de la première fiction qui s’organise autour d’une quête de vérité ; c’est le principe organisateur qui servira autant aux fictions policières qu’aux quêtes existentielles. À travers la mythologie, on peut clairement questionner notre histoire, et aussi le ici et maintenant. Ces mythes contiennent l’histoire de l’humanité, et tous les enjeux des humains entre eux. Fête civique et religieuse, le théâtre occupait une place privilégiée dans la culture de la Grèce antique. Les spectacles étaient présentés au cœur de la Cité, à ciel ouvert, sur les places publiques, dans les jardins ou les amphithéâtres. En créant Œdipe, Les Lucioles ont souhaité renouer avec cette tradition. Emmener le théâtre au cœur des villes… dans des lieux « déplacés » où le théâtre ne va pas d’emblée. L’histoire d’Œdipe, mythe fondateur de notre civilisation, est construit sur une structure que tout le monde peut identifier : l’enquête, la recherche de l’assassin de Laïos. En entrant dans la tragédie par ce biais, tout le monde devient acteur de l’histoire : la pièce s’ouvre sur la place publique où sont réunis tous les habitants de Thèbes (à savoir les spectateurs) et le meurtrier de Laïos est à Thèbes. Il se trouve parmi nous (acteurs et spectateurs ). Cette entrée concrète permet d’introduire une dimension peu visitée au sein de la tragédie. Le dispositif scénique du spectacle est inspiré des théâtres antiques grecs : une arène. Des gradins modulables sont disposés de façon circulaire de manière à former un hémisphère. Celui-ci est prolongé par des poteaux habillés de tubes néons disposés eux aussi en demi-cercle. Ce dispositif plonge tout de suite les spectateurs au cœur de l’histoire : ils deviennent habitants de Thèbes et prolongement du Chœur antique. La musique a toujours fait partie intégrante des créations du Théâtre des Lucioles. Elle participe à l’écriture du spectacle, au même titre que la lumière et les acteurs. Dans Œdipe , deux musiciens accompagneront les comédiens, avec une musique originale.

PRODUCTION Théâtre des Lucioles
CO-PRODUCTION Théâtre du Pays de Morlaix

Date et lieu de création :
août 2005 au Festival de Poche de Hédé (35)

 
@ Théâtre des Lucioles 2017